L’Europe débat de sa compétitivité, de sa sécurité et de sa souveraineté technologique. Dans le même temps, ce sont précisément les investissements clés sans lesquels aucun de ces objectifs ne pourra être atteint qui sont remis en question : ceux consacrés à la science, à la recherche et à l’enseignement supérieur. Réduire, dans le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE, les moyens alloués à ces domaines, c’est compromettre l’avenir de l’Europe.
Depuis des décennies, le couple franco-allemand est l’un des moteurs de l’intégration européenne. Mais il ne doit pas se limiter à la politique industrielle, à la défense ou à la réglementation économique. L’Europe se construit précisément là où les jeunes étudient, cherchent et innovent ensemble : dans nos universités.
Les alliances universitaires européennes incarnent l’Europe dans la pratique. Elles mettent en réseau les établissements d’enseignement supérieur au-delà les frontières, créent des programmes d’études communs, facilitent la mobilité, favorisent l’excellence de la recherche transfrontalière et contribuent à faire converger les systèmes nationaux de recherche vers un espace européen commun.
L’Université franco-allemande a démontré à quel point la coopération institutionnelle pouvait être fructueuse. Les alliances universitaires européennes s’appuient sur cette expérience. En 2017, le président Macron a donné une impulsion décisive à leur développement, contribuant ainsi largement à leur essor. Aujourd’hui, l’Allemagne et la France comptent parmi leurs principaux promoteurs.
Des perspectives à long terme
Pour que ces alliances puissent continuer à remplir leur mission, elles ont besoin de perspectives stables et fiables. Si l’on attend d’elles qu’elles mettent en place des structures de recherche à long terme, qu’elles attirent des chercheurs de haut niveau ou qu’elles développent des écosystèmes d’innovation communs, on ne peut les cantonner à des financements de projets à court terme.
Les débats actuels sur les possibles réductions budgétaires dans le programme de recherche « Horizon Europe » envoient un mauvais signal. Chaque euro investi aujourd’hui dans la science renforce, pour demain, la capacité d’innovation de l’Europe, sa compétitivité économique et son indépendance technologique.
La récente rencontre à Berlin de six chefs d’état et de gouvernement de l’UE, qui souhaitent procéder à des coupes de « plusieurs centaines de milliards d’euros » dans le futur budget de l’Union, et ceci dans l’ensemble des lignes budgétaires du futur budget de l’Union, est désastreuse pour les négociations à venir. La méthode du « coup de rabot généralisé » qui est préconisée, et qui se traduirait par des réductions budgétaires indifférenciées dans l’ensemble des postes, affaiblirait la capacité de l’UE à agir comme moteur d’investissement. Or, des analyses montrent que le programme-cadre européen sur la recherche « Horizon Europe » génère des retombées économiques très positives dans tous les états-membres de l’UE.
Un investissement dans la compétitivité européenne
Dans ce contexte, des investissements européens ciblés dans les alliances universitaires peuvent contribuer durablement à renforcer la compétitivité de l’Europe. En tant que réseaux universitaires transnationaux, elles ont le potentiel de porter la coopération entre les universités et les entreprises à un niveau supérieur et de stimuler fortement l’innovation au sein des pôles d’activité.
Le potentiel des alliances est immense : elles ont la capacité d’accélérer le développement des innovations et leur transfert vers le marché, de former des professionnels internationaux et multilingues hautement qualifiés, de renforcer l’esprit d’entreprise et de favoriser le lien avec la pratique entrepreneuriale. C’est précisément cet élan dont l’Europe a besoin aujourd’hui. Parmi les alliances pionnières sur cette voie prometteuse figurent, pour ne citer que deux exemples, EUt+ et E³UDRES².
Nous ne devons toutefois pas réduire l’innovation à sa seule dimension technologique.
Au cœur de la démocratie
La force de l’Europe repose tout autant sur ses institutions démocratiques, sa liberté scientifique et sa capacité à relever ensemble les défis sociétaux. C’est pourquoi les sciences humaines et sociales font elles aussi partie intégrante d’un espace européen de la recherche fort et dynamique. Ce pilier doit rester un élément central des politiques de recherche en Allemagne et en France.
La recherche sur la démocratie, en particulier, gagne en importance face à la désinformation, à la polarisation et aux tensions géopolitiques. Les alliances universitaires européennes peuvent y apporter une contribution décisive. L’alliance EUPeace, coordonnée par l’université Philipps de Marbourg en coopération avec l’université de Limoges et d’autres partenaires, montre comment une coopération franco-allemande et européenne fondée sur un engagement en faveur de la paix, de la justice et de sociétés inclusives peut élaborer de nouvelles réponses aux défis actuels. Des partenaires de recherche de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo et de Turquie, y participent également.
C’est pourquoi le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE doit soutenir de manière ciblée les alliances universitaires, y compris au-delà du seul programme Erasmus+. Il convient notamment de renforcer davantage leur volet recherche. Horizon Europe devrait prévoir des mesures d’incitation spécifiques à cet effet. Afin de faire progresser les écosystèmes régionaux d’innovation en collaboration avec les alliances et les entreprises, le nouveau fonds ECF (European Competitiveness Fund) pour la compétitivité devrait également apporter un soutien financier déterminant.
La France et l’Allemagne peuvent donner l’impulsion
L’Allemagne et la France peuvent, ensemble, donner le ton à cet égard. Les deux pays disposent de systèmes d’enseignement supérieur performants, de pôles de recherche innovants et de l’expérience politique nécessaire pour faire progresser l’intégration européenne avec leurs partenaires de l’UE.
Les rencontresÖffnet sich in einem neuen Fenster régulières des groupes d’amitié franco-allemands du Bundesrat et du Sénat français offrent un cadre précieux pour élaborer de nouvelles initiatives communes associant les Länder allemands et les parlementaires français. Ensemble, nous pouvons adresser un signal fort à Bruxelles : la science et l’enseignement supérieur doivent être solidement ancrés au cœur de la stratégie européenne pour l’avenir.
Les auteurs
Timon Gremmels est ministre de la Science et de la Recherche, des Arts et de la Culture du Land de Hesse, et membre du Bundesrat et du groupe d’amitié franco-allemand du Bundesrat.
Ronan Le Gleut est sénateur des Français de l’étranger, vice-président de la commission des affaires européennes et président du groupe d’amitié franco-allemand du Sénat.